Colorer ses écrits !
Lors de l’atelier d’écriture en visio d’octobre, nous avons écrits en partant de notre couleur préférée déclinée ensuite en jeu de conjugaison. Et cette couleur est devenue l’objet principal d’écriture du texte de l’atelier. Des univers très différents ont surgi, du fantastique au poétique.
Dans vos écrits du quotidien, un élément coloré ajouté à votre texte apporte précision ambiance. Si votre personnage porte une robe noir ou rose fluo, votre lecteur n’imaginera pas le même personnage !
Voici les textes de certain-e-s participant-e-s- déposés brut, merci pour le partage :
Les couleurs
Tsunami
Nuit noire
Violence des impacts
Peurs bleues qui marquent l’âme au fer rouge
Jours bleu nuit
Nuits bleu de Prusse
Trop plein de larmes
Overdose d’absurde
La marmite explose
Les bleus à l’âme s’exposent…
Rencontres…
L’azur du ciel
Les étincelles d’aurore
Les flammes des coquelicots
Sauront-ils retrouver l’orange de la vie ?
Anne-Claude.
Conjugaison de couleurs pour une planète bleue
Je planète bleue ! m’écrit Thomas Pesquet.
Mais, tu rêves sacrebleu ! Viens voir le mélange des couleurs.
Il est où mon oiseau bleu, So far away, from LA.
Elle a les larmes aux yeux, ma pauvre Terre, elle a les yeux, révolver.
On se cherche une autre Maison bleue ? Oui ! Quelle bonne idée !
Nous voudrions que cessent les menaces, les conflits et ces rouges sur nos bleus.
Vous n’envoyez donc que des messages sombres ! nous disent les oracles.
Ils se trompent, car il fait toujours beau au-dessus des nuages.
Elles se diluent doucement, mes poésies, dans des champs de tournesols, dans mes nuits étoilées.
Je t’aime tant, ma planète bleue !
=JMP=
Le bleu du ciel, les jours heureux
Je ne savais vraiment plus que faire.
Je voyais encore un peu de bleu, juste derrière de gros nuages.
Mais j’avais l’impression qu’il se réduisait à vue d’œil.
Alors, d’un revers de la main, j’essuyai mes larmes.
L’espace d’un instant, il me sembla apercevoir du vert.
Voulant en avoir le cœur net, j’allumai la TV.
Le gars de la météo annonçait que l’anticyclone parfois, traficotait avec les turquoises.
Tout cela manquait de logique ou c’est moi qui perdais la boule.
Il me fallait un remontant. Alors, je descendis un Bloody Mary.
Un peu pompette, je renversai ma boisson sur l’écran de mes nuits blanches, délavant le bleu de l’horizon.
Dans mon ivresse passagère, je vis passer du bleu, du blanc, du rouge.
Derrière suivaient de la sauce aux écrous et des rivières de turlututus.
Sans trop savoir où j’allais, titubant, j’enchaînais le jaune, jusqu’au bout de la nuit.
Je faisais des bulles, des gazouillis.
Dans mon délire onirique, je jouais avec les fleurs orange d’un oiseau de paradis.
Oui, tout me semblait imaginaire, mais je jouais dangereusement aux frontières de la folie. Quand je refis surface, au petit matin, je tentais de faire la brasse coulée dans le creux de mon lit.
Je me levai et sortis de la maison.
L’hiver s’était enfui.
Des crocus, des primevères et des jonquilles faisaient leur révérence au printemps.
Un plaid sur les épaules, je regardais alors le bleu du ciel. J’espérais qu’il annonce enfin, le retour des jours heureux.
=JMP=
Je broie du vert au printemps
Tu lis l’avenir tout blanc
Elle rougit timide enfant
Nous domptons d’ocres serpents
Vous dormez au bleu du temps
Elles jaunissent en contre-champ
Sylvie Arnaud Bridon
Bouteilles en vers de mirliton
Dans ma bouteille à l’amer
J’ai cassé des petits pois
Pour nourrir la volière
Sur le fil des verres à soi
Dans ma bouteille à faire peur
J’ai des masques vert-de-gris
Pour des scarabées moqueurs
En habit d’académie
Dans ma bouteille à alcool
J’ai macéré un martien
Pour des ivresses un peu folles
Ça vaut mieux qu’un batracien
De ma bouteille coupée
J’ai fabriqué une serre
À transparence glacée
Pour l’espoir des petits vers
Dans ma bouteille à tétine
J’ai versé du lait d’ânesse
Pour biberonner les sardines
Qui dorment au lit des princesses
Dans ma bouteille encre noire
Les mers du sud j’ai versé
Pour bleuir les désespoirs
Des mots doux des délaissés
Dans ma bouteille un peu gourde
J’ai versé une tisane
Qui réparera mes bourdes
Du parfum qui en émane
Dans ma bouteille bouillotte
J’ai bouilli l’eau des volcans
Pour que mes rimes vieillottes
S’y chauffent à l’ère du temps
Sylvie Arnaud Bridon
CONJUGAISON EN COULEUR
Je découvre un filon trop gris
Tu es mon opale rare et bise
Il faut dire qu’il trafiquote avec les turquoises parfois
Nous cherchons des mélanges de couleur vert d’eau et bleu nuit
Vous n’allez pas arrêter cet Indien d’un beau bronze amateur des rivières du Colorado tout de même
Ils sont artistes-peintres au cœur d’un désert blanc
LIBRE DE PEINTURE
Mes bracelets grelottent faisant chatoyer mes perles de turquoises. Ça brille, éclat dans mes yeux que je lève pour contempler mon décor, soudain bien trop blanc. Ma grand-mère me disait souvent « tu lis l’avenir tout blanc ». Il est temps que je m’encolore un peu. Je prends mon pinceau préféré, celui en forme d’éventail. Double utilité. Je le trempe hardiment dans mon pot de peinture La Panthère Noire. Le bleu s’empare de ma main et de mon cerveau. Fini le blanc des rideaux, du plaid du canapé, des murs hôpital. Mon pinceau fait taches, il est en folie, c’est un apprenti sorcier. Le voilà qui bondit, il a trouvé le bon filon vers la sortie. La peinture bleue passe la frontière de la porte à sa suite, sans pâlir.
Il fait un peu froid. Turquoise se fige. Elle hésite. Je la suis, curieuse de voir où vont l’emmener ses… – j’allais dire ses pas… mais non, pas de pas pour la peinture-, ses coulures épaisses et brillantes. La voilà partie en voyage, cherchant on ne sait quels trucs, des turlututus allez savoir ? Je peine à la suivre le long des marches, elle triche, passe au milieu.
Elle se retrouve dans la rue, où l’attend le gris de la nuit, aux contours confus. Turquoise est née de la pierre, le macadam et le béton ne lui conviennent pas. Je lui murmure qu’il y a un jardin au bout de la rue, et la voilà repartie. Elle vague dans ses souvenirs et transforme le parc en Mer d’Iroise. Puis le paysage change, c’est un désert de pierrailles où Turquoise soupire d’aise. Les étoiles lui sont pierres précieuses et les rues rivières de jade.
Il pleut. La peinture s’infiltre partout, elle n’a pas de limite. Son œuvre se déploie sous ses flots. Les crapauds déroutés sortent du petit étang. Ils coassent de joie, ça les change de leur verdâtre habituel. Ils sont les premiers témoins de ce Nouveau Monde vert et bleu. Je rêve déjà à la tête des habitants au petit matin.
En attendant, j’ai ce bleu turquoise pour moi toute seule. J’ajoute quelques touches dorées et argentées, je pavoise.
Nous vivrons désormais au Colorado urbain.
Brigitte
Ma couleur Rouge Orangé
Je regarde le rouge orangé autour de moi,
Tu t’étends sur le gazon vert,
La bernache s’envole, splash une trace vert olive,
Nous sommes bien tristes face à l’ambiance noire du moment,
Vous croyez voir une lumière blanche,
Rouge orangé, Vert olive, noire, blanc peuvent se montrer bien belles.
Christine
Texte coloré
Je somnole assise devant le spectacle des beautés de l’automne, soudain le survol d’une nuée de canards, me sort de ma torpeur mais toujours dans un état étrange je m’en vais vers des pensées totalement inimaginables mais délicieuses loin de la folie dévastatrice du moment.
Je rentre chez moi : la sonnette tintinnabule, de multiples couleurs sonnent à ma porte, se présentant joyeusement.
Le turquoise avait des objets de plages turquoise de toutes sortes, elle se pensait encore en vacances peut être.
Le blanc était un peu en retrait ne voulant pas se mélanger aux autres.
Le rouge et l’orange se bécotaient sans retenue.
Le vert voulait absolument rentrer pour coloniser la crème de mon réfrigérateur
Le bleu avait étalé dans le jardin une grande couverture bleue. Avec un variateur et un micro alliant l’image et le son, il a égrené toutes sortes de bleus bleu marine, bleu foncé, bleu ciel, bleu-gris….
Ma porte n’était pas assez grande pour faire entrer toutes ces couleurs :
« Allez dans les rues, le monde a besoin de couleurs plutôt que de se faire broyer par ces hommes en noir ».
Soudain, je reviens à moi. J’ai reçu un coup sur la tête peut-être, un malaise c’est quoi ce vertige? »
J’ai quand même fait un merveilleux rêve.
Avez-vous remarqué ? La crème de mon frigo a tourné au vert.
Christine
Je choisis pour ce soir le roux comme sauce d’accompagnement
Toi tu préfères avec la poule en croûte, je le sais, l’onctuosité d’une sauce blanche
Il est vrai, c’est plus assorti, la crème épaisse jaune pâle est appétissante
Nous n’allons pas être d’accord, devenir rouges de colère
Mais avez-vous vu ça, cette crème au frigo, qui a tourné au vert ?
Pauvres invités, ils se sont contentés ce soir là d’une bonne soupe aux écrous,
Toutes les dents de chacun en sont devenues orange…
Claire P.
Périple automnal d’un pot de peinture
Cet automne nouveau me conforte dans ma sensibilité aux couleurs chaudes, le roux en particulier. Celui des feuilles qui, tous les ans, transforment inlassablement le manteau des arbres. Celui de la chevelure brouillon de ma voisine préférée. Celui des chrysanthèmes déroutés de se retrouver comme le temps, figés sur les marbres froids des cimetières. Cette couleur rouille des objets abîmés, des vieux écrous et rouages, des tâches de rousseur charmantes, moi, ça me parle bien.
Alors voilà, c’est la Toussaint, les vacances, et je me lance dans un chantier « peinture » pour transformer mon bureau en cocon d’automne. Je suis lasse des murs gris, fatiguée des murs rouges, ce sera roux et blanc maintenant.
Le pot de peinture me nargue, à peine ouvert, le courage me quitte. Un faux mouvement, je le bouscule, il tombe et roule sur le plancher doré laissant une belle trace, assez harmonieuse somme toute. Il ne s’arrête pas en si bon chemin et file par les portes entrebâillées qui le mènent vers l’extérieur à la rencontre de sa communauté de couleurs : clôtures rouillées, grillages décatis, râteau abandonné, tournesols rabougris, arbres enflammés… il tombe même nez à nez avec le dernier rouge-gorge du quartier qui s’amuse à piétiner dans les petites flaques colorées et s’en retourne en sautillant, laissant des étoiles peinturlurées tout le long du trottoir gris.
La rue est en pente, notre pot poursuit sa cavalcade. Les travaux de voirie ce soir se sont arrêtés, le bruit des engins s’est tu. Dans un doux clinquement, il va au-devant de curieuses rencontres. Trois gros confrères de peinture blanche sont restés là, abandonnés par les ouvriers. L’un deux est renversé. Une belle dégoulinure crémeuse stoppe l’avancée de notre récipient métallique au milieu du caniveau. Il est presque vide. Un ultime filet roux s’échappe et traverse la masse laiteuse, puis s’arrête net.
Intriguée, je vais rejoindre ces épousailles colorées. C’est beau, ce somptueux et délicat mélange me remplit d’émotion, une nouvelle couleur est née, une histoire d’amour entre deux éléments.
Dans le contexte d’aujourd’hui, trop souvent dépourvu de poésie et d’humanité, je pense à cette harmonie, ce mélange et cette diversité qu’il faut sauver au-delà des différences, au-delà des résistances. Qu’il serait bon que tout cela cesse, les menaces, les conflits et la brutalité.
Alors, avant de reprendre mon chantier, perdue dans mes pensées, je vais me faire un petit café… crème.
Claire P.
TEXTE 1
Je suis un schtroumpf
Et toi tu as des bleus au coeur ou aux genoux ?
Il est vrai que tu peux avoir les 2, mais aussi une peur bleue
Nous serons 2 désormais moi bleu à l’extérieur et toi bleu à l’intérieur
Vous qui nous regardez avec un air tout gris presque aigris, ne vous dites pas :
Ils vont se marier et ils auront non pas des enfants bleus à l’intérieur et bleus à l’extérieur, mais une carte bleu roi pour accéder à leurs rêves les plus fous.
Sur ce les petits pois averts et les chrisanthèmes déroutées, et le chercheur de trucs s’écrièrent : « et plus de comptes bancaires au rouge »
Agnès
TEXTE 2
Elle s’est réveillée un matin : plus de bleus à l’âme, plus de peur bleue. Elle est restée un moment à guetter si vraiment elle ne ressentait plus rien. Elle s’est même pincée là où hier elle avait un gros bleu qui virait au jaune vert. Non seulement elle n’avait pas mal, mais son bras était tout doré, alors qu’elle ne sortait jamais. Elle avait bronzé comme si elle s’était promenée sur la plage. Depuis combien de temps n’avait elle pas vu le camaieu de la mer ? Elle ne savait plus. Elle regarda la petite lucarne : le ciel et la mer se confondaient en un bleu, gris, blanc. Elle sourit. Ce qui l’étonna le plus c’était ce silence : aucun bruit dans la maison. Pourtant c’était l’heure, l’heure bleue quand il rentrait et que ses yeux devenaient bleu marine, ces yeux qui l’avaient envoutée, du moins au début, tout au début.
La porte de sa chambre n’est pas fermée. Les marches craquent sous ses pas et bizarrement elle n’a pas peur de faire du bruit. Elle s’installe dans la salle à manger. Elle se souvient combien elle avait aimé cette maison la première fois. Une maison bleue «Adossée à la colline. On y vient à pied, on ne frappe pas, ceux qui vivent là ont jeté la clef » on ne frappe pas oui mais ça c’était la chanson.
Personne.
La porte d’entrée est ouverte : sûrement un piège pour la tester. Il est là dans le jardin à guetter sa proie. Les fausses joies, c’est sa spécialité. Elle doit rêver, c’est trop beau. Elle se dit « tant pis si c’est un rêve autant en profiter ». Une phrase lui revient « faire aucune différence entre le rêve et la réalité, entre la mer et le ciel » Qui a écrit cela, elle ne sait plus. Quelle importance ? Ce petit espace d’espoir, elle le saisit, le cache dans son coeur, pour que personne ne le trouve. Elle regarde la façade bleue de sa maison : un bleu tendre, un bleu plein de promesses non tenues. Les volets peints en bleu marine, tiens comme ses yeux en colère. Elle se dit que dans la nature , le bleu est rare.
Le bleu a perte de vue : 50 nuances de bleu. C’est un titre de film ou de roman, ou les deux, elle ne sait plus. Quelle importance. Mais il n’y a pas que du bleu, il y a du blanc, beaucoup de blanc, de plus en plus de blanc. Il y a une petite tache rouge aussi. Tiens elle grandit, elle grossit très vite. Bleu, blanc, rouge. Blanc et rouge ça fait orange, bleu et rouge ça fait violet. Bleu et blanc ça fait bleu pâle. Bleu, blanc, rouge ça fait violet, puis marron comme la boue ou la bouse quand il y a de plus en plus de rouge.
50 nuances de bleu : c’était quoi le titre de ce roman ou de ce film ou les deux ?
Agnès
